Entrepreneur québécois debout dans son atelier de travail, regard confiant vers son équipement
Publié le 28 février 2026

J’ai reçu un appel de Martin un lundi matin de novembre dernier. Son entrepôt à Laval venait de passer au feu pendant la fin de semaine. Douze employés au chômage technique, six véhicules inutilisables, un inventaire réduit en cendres. Le pire ? L’assureur venait de lui annoncer que sa couverture ne rembourserait que 60 % des pertes. Un trou de 45 000 $ à combler de sa poche. Martin pensait être bien protégé. Comme la plupart des entrepreneurs que j’accompagne dans la région de Montréal, il avait signé un contrat sans vraiment comprendre ce qui était couvert. Et il a découvert les limites de sa police au pire moment possible.

L’essentiel sur la protection d’entreprise en 4 points

  • Responsabilité civile et biens commerciaux : les deux couvertures non négociables pour toute PME
  • La sous-déclaration du chiffre d’affaires peut réduire votre indemnisation de 20 à 40 %
  • Un courtier certifié ChAD travaille pour vous, pas pour l’assureur
  • Comptez 2 à 4 semaines entre le premier contact et la mise en place de vos couvertures

Les 4 risques majeurs qui menacent vraiment votre entreprise

Soyons honnêtes : la plupart des articles sur l’assurance entreprise vous balancent une liste de 12 types de polices sans vous dire lesquelles comptent vraiment. Je ne vais pas faire ça. Les dossiers que j’ai traités dans la grande région de Montréal m’ont appris que 80 % des sinistres qui mettent des PME en difficulté tombent dans quatre catégories. Le reste, c’est du sur-mesure selon votre secteur.

14 points

Hausse des coûts d’assurances pour les PME québécoises en 2024

Selon le bilan de la FCEI sur les PME en 2024, les coûts d’assurances ont bondi de 14 points par rapport à l’année précédente. Les secteurs les plus touchés ? La construction avec 77 % des entreprises affectées, suivie de la santé-éducation et des services personnels. Ce n’est pas juste une question de hausses de primes. C’est le signal que le marché se durcit et que les assureurs deviennent plus sélectifs.

Un sinistre mal couvert peut mettre votre entreprise en péril



Les quatre risques que je vois revenir constamment dans mon accompagnement d’entrepreneurs :

  1. Responsabilité civile : un client qui se blesse dans vos locaux, un service qui cause un préjudice, une erreur professionnelle. C’est le risque le plus fréquent et potentiellement le plus coûteux.
  2. Dommages aux biens : incendie, dégât d’eau, vol, vandalisme. Votre local, votre équipement, votre inventaire.
  3. Pertes d’exploitation : votre entreprise est à l’arrêt pendant que vous réparez les dégâts. Qui paie les salaires, le loyer, les charges fixes ?
  4. Responsabilité des dirigeants : décisions contestées, fautes de gestion, litiges avec des partenaires ou des actionnaires.

D’autres risques existent selon votre secteur (cyber pour le TI, pollution pour l’industriel, erreurs et omissions pour les consultants), mais concentrons-nous sur l’essentiel. Si vous ne couvrez pas ces quatre-là correctement, le reste devient secondaire.

Quelles couvertures pour quels risques ? Le guide pratique

Voici le truc que personne ne vous dit clairement : chaque risque a sa couverture correspondante, et ce qui compte pour une boutique sur le boulevard Curé-Labelle à Blainville n’est pas la même chose que pour une firme de services informatiques à Longueuil. J’ai créé ce récapitulatif pour vous permettre de repérer vos priorités selon votre réalité. Pour une analyse complète adaptée à votre situation, vous pouvez consulter un courtier spécialisé en suivant ce lien.

Couvertures prioritaires selon votre secteur d’activité
Risque Couverture Priorité Services/TI Priorité Commerce Priorité Construction

Responsabilité civile
RC générale + professionnelle Critique Élevée Critique

Dommages biens
Assurance biens commerciaux Moyenne Critique Élevée

Pertes exploitation
Garantie interruption activité Élevée Critique Moyenne

Responsabilité dirigeants
D&O (administrateurs) Moyenne Faible Élevée

Un point que je martèle à chaque client : ne confondez pas valeur à neuf et valeur dépréciée. Si votre police couvre la valeur dépréciée de votre équipement de 5 ans, vous allez recevoir une fraction de ce qu’il vous faut pour racheter du neuf. Vérifiez cette mention dans vos conditions particulières avant de signer quoi que ce soit.

Selon l’analyse du Bureau d’assurance du Canada pour le Québec, le marché actuel impose des primes et franchises plus élevées, avec un accès limité à certaines protections. Les entreprises qui ne peuvent pas démontrer une gestion des risques rigoureuse se retrouvent avec des conditions moins avantageuses ou des refus de couverture.

Franchement, certaines garanties sont survendues à des profils qui n’en ont pas besoin. L’assurance cyber pour une entreprise de plomberie avec un site vitrine basique ? Ça peut attendre. La responsabilité environnementale pour un bureau de consultants ? Rarement justifiée. Gardez votre budget pour ce qui compte vraiment selon votre réalité.

Les 3 erreurs qui coûtent cher lors de la souscription

Dans mon expérience d’accompagnement d’entrepreneurs de la région de Montréal, je constate régulièrement les mêmes erreurs. Et elles coûtent cher. Pas au moment de signer, mais au moment où vous avez besoin de votre assurance.

Attention aux 3 pièges qui réduisent votre indemnisation

Ces erreurs sont fréquentes et peuvent transformer un sinistre couvert en cauchemar financier. La bonne nouvelle : elles sont évitables si vous savez quoi surveiller.

Erreur #1 : Sous-déclarer son chiffre d’affaires. C’est la plus répandue. Vous déclarez 600 000 $ pour payer moins cher, mais votre CA réel tourne autour de 850 000 $. Au moment du sinistre, l’assureur applique la règle proportionnelle : votre indemnité est réduite de 20 à 40 % selon l’écart. Ce constat est limité à mon périmètre de PME de 5-50 employés et peut varier selon la taille et le secteur.

Cas concret : Sophie, boutique à Blainville

J’ai accompagné Sophie, une entrepreneure de Blainville qui tenait une boutique de vêtements sur le boulevard Curé-Labelle. Vol avec effraction un soir de décembre, et pour couronner le tout, dégât d’eau causé par l’intervention des pompiers. L’indemnisation pour les biens ? Correcte. Le problème ? Sophie avait retiré la clause « pertes d’exploitation » de son contrat pour économiser 200 $ par année. Résultat : trois mois de revenus perdus pendant les réparations, pas un sou de compensation. Elle a dû puiser dans ses économies personnelles pour survivre.

Erreur #2 : Ne pas réévaluer régulièrement son inventaire et ses actifs. Votre équipement prend de la valeur (ou vous en ajoutez), mais votre couverture reste figée à ce qu’elle était il y a trois ans. Martin, mon client plombier de Laval, a appris cette leçon à ses dépens.

Erreur #3 : Signer sans lire les exclusions. Chaque contrat a ses zones grises. Les exclusions sont rarement mises en évidence, mais elles définissent tout ce que l’assureur ne paiera pas. Dans les dossiers que j’ai traités, les surprises les plus douloureuses viennent de là : « Ah, les dommages causés par le gel ne sont pas couverts dans cette police ? »

Pour éviter ces pièges, adoptez une approche structurée dans la gestion de vos activités. L’organisation des tâches en startup peut vous aider à intégrer la révision annuelle de vos couvertures dans vos routines administratives.

Comment choisir un courtier qui comprend votre réalité

La question que je reçois le plus souvent : « Pourquoi passer par un courtier plutôt qu’aller directement chez un assureur ? » Ma réponse est simple : le courtier travaille pour vous. L’agent d’assurance travaille pour la compagnie qui l’emploie. Cette distinction change tout quand vient le temps de magasiner les meilleures conditions ou de défendre votre dossier après un sinistre.

Un bon courtier analyse vos risques avant de proposer des solutions



Selon les données de la Chambre de l’assurance de dommages du Québec, près de 17 500 professionnels en assurance de dommages exercent dans la province. Tous ne se valent pas, et tous ne connaissent pas votre secteur. Voici comment identifier celui qui comprendra votre réalité.

8 questions à poser avant de signer avec un courtier



  • Avec combien d’assureurs différents travaillez-vous ?


  • Avez-vous des clients dans mon secteur d’activité ?


  • Comment êtes-vous rémunéré (commission, honoraires, les deux) ?


  • Que se passe-t-il si j’ai un sinistre ? Qui gère mon dossier ?


  • Pouvez-vous m’expliquer les exclusions principales de la police proposée ?


  • À quelle fréquence révisez-vous les couvertures avec vos clients ?


  • Êtes-vous certifié par la Chambre de l’assurance de dommages ?


  • Pouvez-vous me fournir des références de clients similaires à mon entreprise ?

Un bon courtier ne vous poussera pas à maximiser les couvertures pour gonfler sa commission. Il vous aidera à identifier vos vrais risques et à éviter de payer pour des garanties dont vous n’avez pas besoin. Si les réponses à ces questions vous semblent vagues ou évasives, continuez à magasiner.


  • Premier contact avec le courtier et collecte d’informations

  • Analyse des risques et recommandations personnalisées

  • Réception des soumissions comparatives de plusieurs assureurs

  • Signature du contrat et mise en place des couvertures

  • Réception des certificats d’assurance officiels

Pour aller plus loin sur la structuration de votre entreprise, vous pouvez consulter notre article sur le rôle des mentors pour votre startup.

Vos questions sur la protection d’entreprise

La CNESST, c’est obligatoire pour toutes les entreprises québécoises ?

Oui, dès que vous avez un employé au Québec, vous devez vous inscrire à la CNESST et payer des cotisations. Selon les données officielles pour 2026, le taux moyen de cotisation est fixé à 1,54 $ par tranche de 100 $ de masse salariale. C’est l’un des taux les plus bas depuis l’introduction de la loi. Le maximum annuel assurable atteint 103 000 $ pour 2026.

Quelle est la différence entre un courtier et un agent d’assurance ?

Le courtier est indépendant : il peut magasiner parmi plusieurs assureurs pour trouver la meilleure offre selon votre profil. L’agent représente une seule compagnie d’assurance et ne peut proposer que ses produits. Pour une PME avec des besoins spécifiques, un courtier offre généralement plus de flexibilité et de choix.

Combien coûte une assurance entreprise au Québec ?

Les primes varient énormément selon votre secteur, votre taille, votre historique de sinistres et les couvertures choisies. Pour une PME de services de 5-10 employés, comptez généralement entre 2 000 $ et 8 000 $ par année pour un package de base (RC + biens). Les secteurs à risque comme la construction paient significativement plus cher. La seule façon d’obtenir un chiffre précis, c’est de demander des soumissions.

Mon assurance auto personnelle couvre-t-elle mon véhicule utilisé pour le travail ?

Ça dépend de l’usage déclaré. Si vous utilisez votre véhicule personnel pour des déplacements professionnels réguliers (livraisons, visites clients, transport de matériel), vous devez le déclarer à votre assureur auto. Sinon, en cas de sinistre pendant un usage professionnel, votre réclamation pourrait être refusée. Pour une flotte de véhicules d’entreprise, une police commerciale distincte est nécessaire.

Les travailleurs autonomes ont-ils besoin d’assurance ?

Oui, surtout une assurance responsabilité professionnelle si vous offrez des services ou des conseils. Un client mécontent qui vous poursuit pour une erreur ou un préjudice peut mettre en péril vos finances personnelles si vous n’êtes pas couvert. Certains clients corporatifs exigent d’ailleurs une preuve d’assurance avant de vous confier des mandats.

Limites de ce guide et prochaines étapes

  • Ce guide ne remplace pas une analyse de risques personnalisée par un courtier certifié
  • Les montants et exemples mentionnés sont des ordres de grandeur qui varient selon votre secteur, taille et région
  • Chaque entreprise présente un profil de risque unique nécessitant une évaluation sur mesure

Risques à connaître : sous-assurance si auto-évaluation incorrecte, refus d’indemnisation si déclarations inexactes, découverte d’exclusions après sinistre si contrat non relu. Pour une analyse adaptée, consultez un courtier d’assurance de dommages certifié par la Chambre de l’assurance de dommages du Québec.

La prochaine étape pour vous

Les statistiques sur les PME canadiennes en 2025 montrent que 98,2 % des entreprises employeurs au pays sont des petites entreprises, représentant 5,8 millions d’emplois. Vous faites partie de ce tissu économique essentiel. Et comme la plupart de ces entrepreneurs, vous n’avez probablement pas le temps de devenir expert en assurance.

Mon conseil ? Bloquez deux heures dans votre agenda ce mois-ci. Sortez vos contrats actuels (ou constatez que vous n’en avez pas). Relisez les exclusions. Comparez vos couvertures avec le tableau de cet article. Et si vous avez le moindre doute, appelez un courtier certifié pour une analyse gratuite de vos risques. La pire chose à faire, c’est de découvrir vos lacunes de couverture le jour où vous en avez besoin.

Rédigé par Adèle Lecuyer, conseillère en assurance d'entreprises exerçant au Québec depuis 2018. Elle a accompagné plus de 200 PME de la région métropolitaine dans l'analyse de leurs risques et le choix de couvertures adaptées. Son expertise porte sur les entreprises de services, les entrepreneurs en construction et les commerces de détail. Elle intervient régulièrement en formation auprès d'associations d'entrepreneurs sur les enjeux de protection d'entreprise.